
THE LAWSON BUILDING
February 22, 2026
WELCOME TO THE NEIGHBOURHOODST-ZOTIQUE WEST
February 22, 2026Dès que quelqu’un mentionne le nouveau quartier Marconi-Alexandra, tout de suite je sens la symphonie d’effluves chimiques, de peinture, de solvants, de carton et de sueur. Voyez vous, mon père travaillait pour la Lawson Lithographing And Folding Box Company, située au beau milieu, de ce qui fût, jadis, une zone industrielle prospère. Pendant 50 années il fabriqué des boîtes pour de grandes marques telles Catelli, Cadbury et les grands cigarettiers. Tous les soirs, au retour à la maison, il apportait avec lui ce bouquet d’odeurs de l’ère industrielle.
La vie était dure à cette époque. On travaillait de longues heures, sans congé de maladie; ces conditions étaient considérées comme normales. Mon père a même perdu un doigt en travaillant avec l’une de ces machineries lourdes; après l’incident, il était simplement content de pouvoir continuer d’occuper un emploi. Comme nous n’avions pas de voiture familiale, enfant, la bicyclette était pour moi un
laisser-passer pour la liberté ; elle me permettait d’explorer par-delà les limites de mon quartier. Un jour d’été, je pris la décision de visiter la célèbre usine Lawson Litho. J’ai parcouru les petites rues de mon quartier en passant par le marché Jean-Talon, jusqu’à ce que j’atteigne le passage souterrain piétonnier de la voie ferrée. L’entrée de ce passage était très étroite, sombre et terrifiante, même en plein jour. La peinture écaillée, l’éclairage jaunâtre vieillissant, les énormes toiles d’araignées remplies d’insectes morts; tous des éléments dignes d’un film d’horreur!
Bon, j’ai pris mon courage à deux mains et me suis aventuré dans ce nouveau monde. J’ai porté mon vélo en bas des escaliers et, sans jeu de mots, j’ai vu la lumière au bout du tunnel. Les odeurs de moisissures et d’enfermement étaient omniprésentes. J’ai soulevé à nouveau mon vélo et monté les escaliers. Il était là, l’édifice de la Lawson, ce monstre suintant de l’industrie manufacturière. C’était en fait deux édifices dont l’un était noirci par les années de pollution et l’autre avait un escalier en métal qui entourait sa maçonnerie. Je pouvais entendre les rythmes des machines siffler, des bouches d’aération chassaient la fumée, les camions étaient partout; je pouvais imaginer à quoi ressemblait l’intérieur. J’ai été impressionné par son emprise sur le quartier.
C’était donc cela : l’ère industrielle ; une époque où hommes et femmes allaient à l’usine, vendre leur force de travail afin de mettre de la nourriture sur la table et acheter des livres pour l’éducation de leurs enfants. C’était notre vie. À l’âge de 18 ans, mon père m’a déniché un emploi d’été à la Lawson Litho. Chaque matin, nous marchions ensemble pour nous rendre au travail, en passant à travers le Marché
Jean-Talon, saluant au passage les commerçants qui débutaient leur journée, avant d’atteindre le fameux passage piétonnier souterrain. Afin arrivés à la Lawson, en entrant, il était manifeste que l’endroit était animé, très animé. Toute une communauté de travailleurs vaillants contribuaient à la fabrication de boîtes : des mères, des pères de famille, des personnes handicapées, même un homme aveugle travaillait sur la chaîne de production ; nous fabriquions des boîtes. Le travail était une source de fierté pour tous et nous nous efforcions de fournir un produit qui rencontrait les plus hauts standards de qualité. Ma tâche consistait à actionner l’ascenseur et à utiliser les chariots élévateurs pour transporter les palettes dans la zone de stockage. À l’occasion, j’avais à me rendre à l’ancien édifice (aujourd’hui démoli) par une passerelle. Comme il s’agissait d’une vieille structure faite en bois, le plancher s’enfonçait doucement sous le poids. Mes pas se transformaient en une série de craquements harmonieux.
J’ai acquis énormément de respect pour ces personnes qui travaillaient dans le secteur manufacturier. C’est là qu’ils se réunissaient pour produire des marchandises fabriquée avec fierté; une qualité qui, il me semble, se fait rare de nos jours. Au début des années ’90, ma bonne amie Frances m’invita à son nouveau studio, qui était en construction. Un beau bâtiment industriel en briques, fraîchement rénové, qui semblait très invitant. Nous avons marché le long du corridor et de ce grand espace à aire ouverte avec ces multiples rangées de colonnes peintes blanc et vert. Assurément, il s’agissait d’une ancienne usine. J’ai eu une impression de « déjà vu ». En apercevant le monte-charge, j’ai rapidement réalisé qu’il s’agissait de l’ancien édifice Lawson, prêt pour une nouvelle vocation.
En rétrospective, il y avait, à l’époque, un très fort sentiment d’appartenance à cette communauté de gens travaillants, très semblable à celui d’aujourd’hui avec ses nouveaux occupants. Aujourd’hui, je vois une nouvelle communauté émerger, composée d’artistes, de designers, d’entreprises technologiques et même une université, réunis au sein de cette nouvelle mission. Comme leurs prédécesseurs, ils auront la responsabilité de protéger et d’aimer ce quartier. Ce dernier leur donnera, en retour, une qualité de vie sans égal, aujourd’hui et pour le futur. Je ressens une grande gratitude envers ce quartier que l’on appelle Marconi-Alexandra. C’est à cet endroit où tous mes rêves et mes aspirations ont été rendus possibles. J’ai une dette de reconnaissance envers le soi-disant Marconi-Alexandra. C’est grâce à cet endroit que la base de mes rêves et mes aspirations ont été rendus possibles.
Robert Albanese
Artiste musicale/Directeur commercial





